Le récidivisme chez les délinquants sexuels présentant un risque ou des besoins élevés qui font l'objet d'un traitement pharmacologique

Mots clés

délinquant sexuel, pharmacologie, traitement, récidivisme, déviance sexuelle, récidive avec violence

Contexte

Les délinquants sexuels sont une source de préoccupations importantes et justifiées, non seulement au sein du système correctionnel, mais aussi pour le public. Il y a un pourcentage significatif de délinquants sexuels qui ont un diagnostic de trouble mental à leur dossier. De plus, la déviance sexuelle est un prédicteur important de la récidive d'ordre sexuel, et des données obtenues dans le cadre de recherches, tant théoriques que cliniques, semblent indiquer que l'intervention pharmacologique agit sur la déviance sexuelle. Cependant, la relation entre les effets des troubles mentaux diagnostiqués, leur traitement aux médicaments psychotropes et les effets des médicaments sur la déviance sexuelle n'ont pas encore été examinés en profondeur.

Ce que nous avons fait

L'échantillon sélectionné pour l'étude était constitué de délinquants admis à l'unité de traitement Clearwater pour délinquants sexuels entre décembre 1995 et décembre 2000. Ce programme de traitement de 48 places donné dans un établissement du Service correctionnel du Canada est conçu pour les délinquants qui présentent un risque et des besoins criminogènes élevés. En moyenne, le traitement durait 5,8 mois, et le délinquant retournait ensuite à son établissement d'origine. Le programme suit une orientation « biopsychosociale », ce qui veut dire qu'il traite des troubles médicaux et psychiatriques et comporte des programmes de prévention des rechutes et de lutte contre la délinquance sexuelle fondés sur une approche cognitive. Pendant la période de cinq ans, 365 délinquants sexuels ont suivi ce programme. L'âge moyen était de 37,4 ans et le score moyen obtenu à l'échelle Statique-99 (Hanson et Thornton, 1999) correspondait à « modéré-élevé ». Les données sur la récidive provenaient du Centre d'information de la police canadienne.

Ce que nous avons constaté

Au total, 366 ordonnances ont été prescrites à 36 % des délinquants de l'échantillon pendant la période de cinq ans. Un des premiers résultats observés est que les délinquants auxquels des médicaments avaient été prescrits ont poursuivi le programme de traitement des délinquants sexuels beaucoup plus longtemps que ceux qui n'en avaient pas pris. Les délinquants auxquels des antidépresseurs avaient été prescrits sont demeurés dans le programme 2,25 mois de plus, ceux qui prenaient des inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS), 1,6 mois de plus, et ceux qui prenaient des antipsychotiques de première génération, 1,5 mois de plus. À la cinquième année du suivi, 79 % des délinquants avaient été mis en liberté dans la collectivité. Seulement 30 des délinquants traités avec un ISRS ont été suivis pendant la totalité de la période de cinq ans, mais les résultats obtenus pour ce groupe de délinquants sexuels révèlent que, chez les délinquants auxquels un ISRS avait été prescrit, les récidives avec violence étaient beaucoup moins fréquentes que chez les délinquants qui n'en avaient pas pris. En outre, dix délinquants présentant une paraphilie et traités avec un ISRS n'ont pas commis d'autres infractions sexuelles au cours des cinq ans de suivi, bien que deux délinquants aient fait l'objet d'une nouvelle condamnation pour des infractions non violentes après trois ans.

Ce que cela signifie

Le recours à des médicaments psychotropes peut faciliter le traitement des délinquants sexuels grâce à deux principaux mécanismes. Le premier est la réduction du sentiment de détresse par l'atténuation des symptômes que sont l'impulsivité, l'anxiété, la dépression et la détresse psychologique qui y est associée. L'hypothèse est que l'atténuation de ces facteurs permet au délinquant de participer plus longtemps au programme et de profiter davantage de ce qu'il apprend. Deuxièmement, les résultats de la recherche ont révélé que les interventions psychopharmacologiques agissent sur la compulsion et la déviance sexuelles. S'il est vrai que des données recueillies sur 10 délinquants ne suffisent pas pour réaliser une analyse statistique, les résultats obtenus permettent de penser qu'il faut entreprendre d'autres travaux de recherche.

Préparé par : Dr Mansfield Mela et Dr John Bradford

Pour de plus amples renseignements

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