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Étude des cas psychiatriques en milieu carcéral


Plusieurs études démontrent qu'en comparaison avec la société en général, les détenus de nos établissements carcéraux souffrent plus fréquemment de problèmes mentaux. La désinstitutionnalisation des établissements psychiatriques, mise en vigueur dans les années 1960 et 1970, a fait en sorte qu'un plus grand nombre de personnes possédant des troubles mentaux ont été récupérés par le système de justice pénale.

Une entente fédérale-provinciale intervenue en 1977 entre le Solliciteur général du Canada et le ministère des Affaires sociales du Québec confiait à l'Institut Philippe-Pinel de Montréal (IPPM) la tâche de desservir la clientèle carcérale souffrant de maladies mentales. Les services cliniques dispensés par l'IPPM comportent trois volets (1) dépister, dans les pénitenciers, les détenus souffrant de troubles mentaux; (2) dispenser les traitements nécessaires aux détenus transférés à l'IPPM; et (3) examiner les facteurs de réhabilitation de ces détenus.

Ce projet de recherche s'était fixé plusieurs grands objectifs documenter le nombre de détenus traités à l'IPPM au cours d'une période de deux ans; étudier les raisons militant en faveur de leur transfèrement; réévaluer le modèle organisationnel régissant la distribution des soins; décrire les caractéristiques de ces détenus; et s'interroger sur la nature et l'efficacité des traitements dispensés.

La collecte des données s'est effectuée en deux étapes. On s'est d'abord intéressé aux antécédents psychiatriques, criminels et psychosociaux des détenus puis à l'information descriptive relative à leur séjour à l'IPPM. Lors de la deuxième étape, qui s'est déroulée entre les mois d'avril et décembre 1986, on a interviewé 51 des 135 détenus souffrant apparemment de problèmes psychiatriques. Fait à préciser : un minimum de 3 ans et un maximum de S ans s'étaient écoulés entre leur départ de l'IPPM et la date de l'entrevue.

Lors de leur admission à l'IPPM, les détenus avaient en moyenne 30 ans; 64 % d'entre eux avaient déjà été hospitalisés au moins une fois en milieu psychiatrique tandis que 20 % y avaient séjourné à trois reprises ou davantage. Les patients affichaient une moyenne de 13 ans de détention en établissement carcéral et de 10 condamnations, une fois parvenus à l'âge adulte. Même si 75 % de ces détenus s'étaient rendus coupables de délits sans violence, 89 % d'entre eux avaient été antérieurement condamnés au moins une fois pour crime violent. Les auteurs font remarquer que 81 % des détenus avaient déjà séjourné dans un établissement carcéral avant d'être hospitalisés en milieu psychiatrique.

Les sujets ont passé en moyenne 10,4 mois à l'IPPM; un tiers d'entre eux a dû réintégrer le pénitencier suite à un refus de traitement, 21 % sont retournés en milieu carcéral à la demande de l'équipe traitante et un autre tiers a obtenu son congé de l'IPPM pour se retrouver directement dans la communauté libre. Seulement 19 % des détenus ont complété la période de traitement.

Pendant la période de suivi étalée sur trois à cinq ans, 50 % des sujets ont été réadmis en psychiatrie, dont une majorité à l'IPPM. Au cours de cette même période, 29 % des sujets ont fait une rechute psychiatrique et 18 % en ont fait deux ou plus. Cinquante-sept pour cent des sujets ont été réadmis une première fois en psychiatrie au cours des 12 mois suivant leur congé de l'IPPM.

Certaines constatations se dégagent de cette étude. D'après les chercheurs, il est difficile de repérer les détenus souffrant de troubles mentaux au sein des pénitenciers québécois; on peut donc supposer que plusieurs détenus ayant besoin de traitements sont en fait négligés. Les motifs de transfèrement invoqués laissent supposer que plusieurs détenus ont été transférés à l'IPPM parce qu'ils avaient menacé ou perturbé le bon fonctionnement de l'établissement. Il est donc permis de présumer que nous avons tendance à négliger les détenus tranquilles qui souffrent de troubles mentaux.

Autre constatation de l'étude les détenus ayant besoin d'une intervention visant à modifier leur comportement psychosocial n'en ont pas bénéficié lors de leur séjour à l'IPPM et, suite à leur départ, peu d'entre eux ont fait l'objet d'un suivi.

Les auteurs espèrent que d'autres études pousseront plus loin l'analyse des résultats de leur propre enquête.


Hodgins, S., Cyr, M., Paquet, J., Lamy, P. (1988). Études de relance auprès des détenus fédéraux traités en milieu psychiatrique : description des antécédents, du séjour, des rechutes et des récidives. Criminologie, XXI, 2, 27-59.