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Une approche innovatrice de traitement des pères incestueux

Établissement Montée Saint-François, Service correctionnel du Canada

Depuis quelques années, plusieurs établissements du Service correctionnel du Canada offrent des programmes de traitement à l'intention des délinquants sexuels à faible risque. Ces programmes visent les délinquants sexuels qui n'ont besoin que d'une intervention minimale avant de réintégrer la collectivité, et ils mettent ordinairement l'accent sur le développement de l'empathie à l'égard de la victime et la prévention de la récidive.

Le programme Violence Interdite Sur Autrui (VISA) est quelque peu différent de ces programmes en ce sens qu'il a été conçu expressément à l'intention des hommes qui ont agressé sexuellement des enfants auprès desquels ils jouaient un rôle significatif (p. ex., père, beau-père, grand-père, oncle ou grand frère).

Cet article traite de la structure de base du programme VISA, des buts et de l'approche générale. Enfin et surtout, il met en lumière l'efficacité du programme. Caractéristiques fondamentales Le programme VISA a été mis en place à l'établissement Montée Saint-François du Service correctionnel du Canada en 1991. Contrairement à la plupart des programmes correctionnels, il n'est pas axé exclusivement sur le délinquant, mais vise plutôt à venir en aide à tous les membres de la famille éprouvée par l'inceste.

Le programme VISA n'offre donc pas seulement aux délinquants l'occasion de réfléchir à leur comportement sexuel déviant et à ses conséquences, mais il les amène aussi à tenter de réparer les torts qu'ils ont causés, en se conduisant en pères et conjoints responsables.

Concrètement, le programme VISA incite les pères incestueux à :
  • vaincre leur peur et leur honte et reconnaître ce qu'ils ont fait;
  • assumer la pleine responsabilité de leurs actes devant les personnes concernées et devant le groupe;
  • prendre conscience des torts qu'ils ont causés à leurs victimes, à leur famille et à eux-mêmes;
  • prendre des mesures pour réparer et assainir leurs relations avec leurs victimes et leurs proches;
  • comprendre leur problème de façon à pouvoir mener une réflexion critique sur leur conduite sexuelle et vivre une sexualité responsable et harmonieuse;
  • reconnaître les facteurs qui ont contribué à leurs actes et prendre des moyens pour en diminuer l'influence dans leur vie.
Principes du programme Le programme VISA n'est pas essentiellement axé sur la correction d'un comportement déviant (approche comportementale) ni sur l'exploration des conflits psychiques qui en sont l'origine (approche analytique), bien que ces aspects ne soient pas négligés. Il vise plutôt l'univers relationnel du père incestueux, c'est-à-dire sa relation à lui-même et ses relations avec ses victimes, sa conjointe et les autres adultes.

Le programme VISA s'appuie sur la capacité de changement et de croissance que possède tout individu. Il met l'accent sur les forces, l'énergie positive et la volonté de mieux-être présentes en chaque être humain. Les thérapeutes considèrent les participants comme des partenaires et non pas seulement comme des sujets à traiter. Ainsi, les participants contribuent à la réussite de la thérapie en s'appuyant mutuellement durant les séances et en dehors de celles-ci, en encadrant les nouveaux venus et en faisant des témoignages auprès des victimes et des médias.

Les thérapeutes de VISA tentent aussi, tout au long du processus, de faire une place, réelle ou symbolique, aux membres de la famille. Ainsi, les conjointes sont invitées à participer à certaines activités du programme, des services de soutien sont proposés aux membres de la famille et des adultes se font les porte-parole des victimes en venant partager avec le groupe leur expérience d'enfants maltraités ou de mères trahies. Les animateurs du programme doivent par conséquent entretenir des relations solides avec les intervenants communautaires qui viennent en aide aux victimes et aux familles des pères incestueux. Composantes du programme Durant les 14 semaines que dure le traitement, les délinquants participent ordinairement à 28 séances de psychothérapie de groupe, 13 ateliers d'éducation à la sexualité et une dizaine d'entrevues individuelles.

Chaque séance de groupe est animée par deux psychothérapeutes, un homme et une femme. Elle débute par une courte période de relaxation ou de centration qui prépare les participants à la thérapie. On leur pose ensuite une question au sujet des actes de violence qu'ils ont commis pour les inciter à s'ouvrir graduellement et à se soulager en exprimant les émotions intenses qu'ils portent en eux. Puis on passe en revue les tâches assignées à la rencontre précédente, ce qui permet aux thérapeutes et aux participants d'évaluer l'engagement et les progrès individuels. Enfin, avant que le groupe se sépare, les participants se voient confier une nouvelle tâche qui vise à maintenir leur engagement entre les séances et à traduire en actions leurs résolutions et leur volonté de changement.

Les ateliers d'éducation à la sexualité sont animés par une sexologue clinicienne qui aborde divers sujets avec les participants : l'anatomie et la physiologie des organes génitaux masculins et féminins; les réponses sexuelles chez l'homme et chez la femme; la masturbation; l'influence de stimulants sur la sexualité; le développement psychosexuel de l'enfance à l'âge adulte; les mythes sexuels; les fantasmes érotiques; les difficultés sexuelle chez les hommes et chez les femmes; la violence sexuelle et les problèmes cognitifs connexes; la paraphilie; et la synthèse des connaissances et l'intégration de celles-ci au cycle de la violence.

Les entrevues individuelles servent à affaiblir les résistances et à répondre à des besoins particuliers des participants. Efficacité de l'intervention Jusqu'ici, le programme VISA a suscité beaucoup d'intérêt et d'enthousiasme. Plus de 130 délinquants d'origine raciale, de culture et de niveaux de scolarité différents y ont participé. Ils ont fait front commun pour mettre fin à ce genre de violence (seulement deux participants ont été réincarcérés par la suite pour récidive sexuelle) et, en définitive, pour libérer leurs victimes du fardeau de l'inceste et réparer les torts qu'ils leur avaient causés.

Le programme VISA a donc prouvé non seulement qu'il est possible de traiter l'inceste dans le respect des agresseurs, des victimes et de leur famille, mais aussi qu'il peut être plus efficace de traiter l'homme et le père que le déviant.


(1)1300, Montée Saint-François, Laval (Québec) H7C 1S6.