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Les délinquantes ayant un comportement d'autodestruction : Une enquête comparative

2002 No R-123

Table des matières

Cherami Wichmann

Ralph Serin

Jeffrey Abracen

Direction de la recherche

Service correctionnel du Canada

Février 2002

RÉSUMÉ;

Une étude descriptive a été réalisée auprès des femmes qui ont commis des actesautodestructeurs pendant leur incarcération sous responsabilité fédérale (tentatives desuicide, automutilation et blessures volontaires). Un échantillon de 78 femmes quis'étaient mutiliées pendant leur incarcération sous responsabilité fédérale a étécomparé à un groupe témoin de 77 femmes qui ne s'étaient pas mutilées. Le groupetémoin a été apparié au groupe cible selon plusieurs variables : année d'admission, âgeà l'admission, durée de la peine et type d'infraction. Toutes les données ont étéobtenues au moyen de bases de données informatisées du Service correctionnel duCanada. Les résultats ont révélé que parmi les délinquantes qui avaient uncomportement d'autodestruction, il y avait de nombreuses difficultés d'adaptation aumilieu carcéral (p. ex., problèmes sociaux cognitifs, toxicomanie, problèmespsychiatriques, lien avec une famille dysfonctionnelle). Alors que les réactions face à des situations stressantes peuvent être liées à l'expression du comportement suicidaire chez les délinquantes, leur comportement violent n'étaient pas exclusivement autodirigé.Ces difficultés n'étaient pas évidentes dans le groupe témoin. Ainsi, les femmes du groupe cible étaient significativement plus susceptibles d'être impliquées dans des incidents à l'établissement, plus particulièrement liés à la violence, la toxicomanie et les problèmes de discipline. Ces constatations sont très semblables chez les délinquants de sexe masculin.

TABLE DES MATIÈRES

RÉSUMÉ

INTRODUCTION

Causes du comportement autodestructeur

Considérations importantes

Facteurs de risque

Processus du comportement suicidaire

MÉTHODE

Sources d’information

Sélection de l’échantillon

RÉSULTATS

Risque de suicide à l’admission

Antécédents criminels

Facteurs de risque statiques et dynamiques

Santé mentale et fonctionnement psychologique à l’admission

Adaptation à la vie carcérale

ANALYSE

BIBLIOGRAPHIE

ANNEXE A

DESCRIPTION DES VARIABLES UTILISÉES DANS LES ANALYSES SUR LE SUICIDE

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1. Caractéristiques démographiques et variables liées à la peine

Tableau 2. Indicateurs de l’Échelle d’évaluation du risque de suicide, par groupe

Tableau 3. Risque statique et facteurs dynamiques, par groupe

Tableau 4. Adaptation à la vie carcérale, par groupe

LISTE DES GRAPHIQUES

Graphique 1. Variables liées aux antécédents criminels, par groupe

Graphique 2. Santé mentale et fonctionnement psychologique, par groupe

INTRODUCTION

Des études menées antérieurement ont permis de constater une forte prévalence de nombreuses variables associées aux actes autodestructeurs (comme la toxicomanie, l’alcoolisme, les troubles anxieux et les troubles dépressifs) chez les délinquants et les délinquantes sous responsabilité fédérale au Canada (Blanchette, 1996; Motiuk et Porporino, 1991). Les délinquantes constituent donc déjà un groupe qui est susceptible de rencontrer diverses difficultés. Ces facteurs, ajoutés aux caractéristiques inhérentes au milieu carcéral, peuvent augmenter les probabilités de comportement autodestructeur. L’enquête dont il est question dans les pages qui suivent porte sur les caractéristiques des délinquantes qui ont des comportements autodestructeurs. Il s’agit cependant d’une étude descriptive, qui n’est pas axée directement sur les causes du comportement d'autodestruction chez les délinquantes.

Causes des actes autodestructeurs

On a proposé de nombreuses hypothèses pour expliquer les actes autodestructeurs chez les délinquantes. Après une analyse documentaire sur le sujet, Chesney-Lind (1997) était d’avis que de nombreuses jeunes femmes qui en viennent à avoir des démêlés avec la justice ont été victimes de mauvais traitements physiques ou sexuels. Cette conclusion a été corroborée auprès de femmes adultes (Snell et Morton, 1994). Néanmoins, même si le fait de subir ou d’avoir subi des mauvais traitements semble jouer un rôle déclencheur dans le comportement criminel, il ne semble pas être associé à la récidive (pour une analyse, voir Blanchette, 2001).

Le risque de suicide est une question particulièrement préoccupante dans le cas des délinquantes. De façon générale, les sentiments de solitude et d’isolement social ainsi que l’absence de soutien social sont des facteurs de risque connus du comportement suicidaire, qu’il s’agisse de tentatives de suicide ou de suicides réussis (Plutchik, 2000). Cette constatation s’applique peut-être encore plus aux délinquantes. Les femmes incarcérées souffrent davantage de troubles mentaux que les femmes en général, que les hommes en général et que les hommes incarcérés (Blanchette, 1996 et 1997; Loucks et Zamble, 1994). En fait, selon certaines estimations, le taux de comportement suicidaire chez les femmes purgeant une peine fédérale serait d'environ 50 % (Loucks et Zamble, 1994).

Considérations importantes

Problème de définition

Chez les femmes en particulier, les phénomènes de tentative de suicide, d’autodestruction et d’automutilation sont difficiles à différencier. Toutefois, on suppose que ces concepts sont distinct et qu’ils ont une étiologie et un objectif différents. De façon générale, les tentatives de suicide sont plus fatales, et leur auteur a pour objectif premier de mettre un terme à sa douleur et à sa souffrance. L’automutilation, par ailleurs, est considérée comme un mécanisme d’adaptation auquel on a recours pour abaisser le stress et exercer un contrôle sur son environnement.

L'établissement d'une distinction entre les tentatives de suicide et l'automutilation s'est avérée une source de difficulté pour les chercheurs (Cookson, 1977; Farmer, Felthous et Holzer, 1996). Il est évident qu'il faudra se pencher sur cette question dans des études ultérieures; cependant, l'objectif de la présente étude n'est pas d'essayer d'établir une différence entre les comportements d'automutilation et les comportements suicidaires; il faudrait pour cela interroger les personnes en cause après les incidents afin de déterminer leur motivation et les autres variables proximales. Pour la présente étude, nous avons utilisé uniquement les renseignements tirés des dossiers.

Caractéristiques des femmes ayant un comportement d'autodestruction

Cookson (1977) a examiné les caractéristiques des femmes qui s’étaient infligé intentionnellement des blessures pendant leur incarcération en Angleterre. Elle a constaté que ces femmes étaient plus jeunes que les autres détenues, qu'elles purgeaient une peine plus longue parce qu'elles avaient commis des infractions plus violentes, et qu'elles avaient obtenu une cote plus élevée sur une échelle de mesure de l'hostilité.

Facteurs de risque

Tentatives antérieures

On a estimé que près de la moitié des détenues ont déjà tenté de se suicider (Blanchette, 1997b; Cullen, 1985). Cette proportion serait probablement beaucoup plus élevée si l’on tenait compte d’autres genres de comportement autodestructeur.

Daigle, Alarie et Lefebvre (2000) ont cherché à évaluer l’ampleur du problème du suicide chez les délinquantes sous responsabilité provinciale et sous responsabilité fédérale au Québec. Parmi les 60 femmes participantes, 34 qui avaient essayé de se suicider au moins une fois ont été interrogées et soumises à des évaluations visant à déterminer la gravité des tentatives et le risque de suicide1. Les répondantes avaient commis en moyenne trois tentatives de suicide, mais la majorité avaient tenté de se suicider au moins deux fois; toutefois, seul un petit nombre de ces tentatives avaient eu lieu en détention. La gravité de la dernière tentative de suicide de ces femmes a été évaluée comme modérée (probabilité inférieure à 50 % de mourir); cependant, la gravité de près du tiers des tentatives a été évaluée comme élevée. Ces conclusions, ajoutées à l’hypothèse selon laquelle la gravité des actes autodestructeurs peut augmenter (ainsi que la fréquence, peut-être) en milieu carcéral, donnent à penser que les tentatives de suicide antérieures peuvent constituer un facteur de risque pour les actes autodestructeurs subséquents.

Daigle et al. (2000) ont aussi constaté que le risque de suicide était passablement élevé dans l’ensemble de l’échantillon, les délinquantes sous responsabilité provinciale ayant les scores les plus élevés. Selon ces scores, près de 40 % d’entre elles auraient dû être dirigées vers un clinicien pour des mesures de prévention ou des interventions.

Le risque était sensiblement plus élevé pour les femmes qui avaient déjà tenté de se suicider. Cette conclusion corrobore les conclusions d’une étude antérieure effectuée auprès de délinquants de sexe masculin sous responsabilité fédérale (Wichmann, Serin et Motiuk, 2001). On peut se demander, en voyant ces résultats, si les causes et laCette proportion est plus élevée que celle qu'on retrouve généralement chez les hommes au Canada signification des actes autodestructeurs des délinquantes ne sont pas plus semblables à celles des délinquants qu'à celles des femmes en général. Wichmann et al. (2001) ont présenté des données qui montrent que les tentatives de suicide des délinquants étaient associées à des problèmes d'intériorisation et à des problèmes d'extériorisation ainsi qu'à la difficulté d'adaptation à la vie carcérale. Par ailleurs, Heney (1990) considère que les comportements d'automutilation constituent une stratégie d'adaptation face aux mauvais traitements reçus durant l'enfance et un moyen d'exercer un contrôle sur l'environnement. Pour appuyer sa position, l'auteure a étudié des études cas et a remarqué qu'il semblait y avoir des hausses soudaines du nombre de cas d'automutilation, souvent à cause de l'augmentation du climat de tension dans l'établissement. Cette étude avait pour objectif de déterminer les comportements associés au phénomène des blessures volontaires chez les délinquantes.

Les auteurs ont posé comme hypothèse que les actes autodestructeurs doivent être considérés comme un problème de santé mentale plutôt que comme une question relevant uniquement de la sécurité. Pour appuyer sa position, Heney (1990) a interrogé des membres du personnel et des délinquantes à la Prison des femmes de Kingston à propos de l’intervention dans les cas d’automutilation, de la réduction du nombre de cas d’automutilation et de la détermination du comportement suicidaire, et elle a conclu que pour réduire le nombre de cas d’automutilation, il faut aborder le problème sous l’angle de la santé mentale plutôt que sous l’angle de la sécurité. Wichmann et al. (2001) ont aussi parlé de la relation entre la santé mentale et les comportements suicidaires chez les délinquants de sexe masculin.

Processus du comportement suicidaire

Comme les études mentionnées ci-dessus sur les comportements suicidaires chez les délinquants de sexe masculin, la présente enquête a été exécutée dans le cadre d'un processus défini. Les idées suicidaires et donc le risque que les délinquantes adoptent des comportements suicidaires varient selon les situations et les expériences. Le modèle du processus de Heikkinen et ses collègues (Heikkinen, Aro et Lönnqvist, 1993) a été choisi comme fondement pour les études auprès des délinquantes. Des études subséquentes se pencheront sur les facteurs de risque statiques et dynamiques, les facteurs de vulnérabilité et les facteurs de protection, et les facteurs déclencheurs.

MÉTHODE

Sources d'information

Toutes les variables utilisées dans la présente étude ont été tirées d’une base de données sur les délinquants tenue par le Service correctionnel du Canada.

Système de gestion des délinquants : Fiche d'infraction et rapports d'incident

Les renseignements au sujet de l'infraction à l'origine de la peine actuelle de la délinquante, de la durée de la peine et du niveau de sécurité déterminé à l'admission ont été tirés d'une base de données sur les infractions tenue par le SCC. Les tentatives de suicide, les incidents d’automutilation et les autres incidents survenus dans l'établissement ont été repérés à l'aide des rapports d'incident remplis par les membres du personnel de correction de l'établissement. Les responsables remplissent ces rapports pour de nombreux types d'incidents (p. ex., causer des troubles, commettre des voies de fait contre une autre détenue, être victime de voies de fait).

Les variables des incidents codés à partir de cette information incluaient les suivantes : automutilation (tout geste suicidaire et d'automutilation); actes de violence (meurtre, voies de fait, prise d'otage, bagarre); incidents liés à une évasion (évasion de l'établissement, non-retour à l'établissement, évasion durant une permission avec escorte); possession et réception/transport d'objets interdits; victimisation (fait d'être victime d'une tentative de meurtre, d'un meurtre, de voies de fait, de bagarre, d'une prise d'otage, de troubles ou de problèmes de discipline); fait d'être impliquée dans des troubles graves ou mineurs; consommation ou possession de substances interdites; problèmes de discipline; demande d'isolement protecteur; autres incidents (c.-à-d. incendie, fait de causer des dommages aux biens de l'État, fuite en douce).

Évaluation initiale

Les renseignements propres aux cas ont été tirés de la base de données du système d'Évaluation initiale des délinquants (EID) (Motiuk, 1997). On a essentiellement recueilli des données exhaustives sur les antécédents criminels et en matière de santé mentale de chaque délinquante, sa situation sociale, sa scolarité et d'autres facteurs importants pour déterminer son risque criminel et ses besoins. Les données relatives à la santé mentale, au fonctionnement psychologique et aux risques et besoins des délinquantes au moment de l'admission ont été tirées du Système d'identification et d'analyse des besoins des détenus (SIABD) faisant partie de l'EID.

À partir de cette base de données, nous avons ciblé des variables précises qui, au moyen d'analyses statistiques, ont été agrégées en vue de créer six facteurs. Il est important de signaler que ces facteurs à base empirique correspondaient à des dimensions qui, dans des recherches antérieures, avaient déjà été considérées comme importantes pour évaluer le risque de suicide (Polvi, 1997; voir l'Annexe A qui renferme une description des indicateurs). Ces facteurs étaient les suivants :

  • Extériorisation et problèmes cognitivo-sociaux (4 indicateurs) : Manque deconscience de soi et problèmes d'empathie, difficulté à régler des problèmes sociaux, impulsivité et colère.
  • Toxicomanie (2 indicateurs) : Problèmes de drogues et d'alcool.
  • Intériorisation, victimisation et problèmes psychiatriques (3 indicateurs) :Isolement social, intériorisation, victimisation et problèmes psychiatriques.
  • Relations familiales dysfonctionnelles (3 indicateurs) : Comportement de prédateur, manque de soutien social et relations familiales dysfonctionnelles.
  • Manque d'instruction et problèmes de fonctionnement cognitif (2 indicateurs).
  • Risque criminel élevé (5 indicateurs) : Manque de fonctionnement social, problèmes d'emploi, problèmes de discipline et condamnations antérieures à l'adolescence et à l'âge adulte.

Sélection de l'échantillon

Tous les cas d’automutilation chez les délinquantes, signalés au moyen de rapports d’incident dans le SGD, ont été examinés. Les femmes qui avaient commis un acte d'automutilation et sur qui l'on disposait de renseignements recueillis à l'évaluation

Incluant les comportements d’automutilation et les comportements suicidaires.

initiale ont été incluses dans l'échantillon (n = 78). Parmi ces femmes, 72 (92,3 %) avaient déjà essayé de se suicider et 14 (18,0 %) s’étaient déjà mutilées3.

L’échantillon comprenait 155 femmes purgeant une peine fédérale, divisées en deux groupes : un groupe cible composé de 78 femmes qui s’étaient mutilées pendant leur incarcération sous responsabilité fédérale; un groupe témoin de 77 femmes qui ne s’étaient pas mutilées. Le groupe témoin a été apparié au groupe cible selon plusieurs variables : année d’admission (avant et après 1994), âge à l’admission (plus ou moins de 30 ans), durée de la peine (3 ans ou moins, de 4 à 9 ans, 10 ans ou plus), type d’infraction (figurant ou ne figurant pas à l’Annexe). La majorité des femmes étaient célibataires (voir le Tableau 1). Il y avait quelques différences entre les groupes sur le plan de la composition ethnique (X2(3) = 18,50, p < 0,001) : un plus grand nombre de femmes du groupe cible étaient d’origine autochtone et un moins grand nombre de femmes étaient de race noire. En outre, il n’y avait aucune femme appartenant à un autre groupe ethnique dans le groupe cible. Il s’agit là d’une constatation intéressante sur laquelle il faudrait se pencher dans d’autres études. Comme on avait eu recours aux variables liées à la peine pour apparier les groupes, il n’y avait pas de différences entre les groupes pour ce qui est de la durée de la peine ou de la nature de l’infraction commise (figurant ou non à l’Annexe). Toutefois, il était évident qu’un plus grand nombre de femmes qui s’étaient mutilées avaient commis une infraction avec violence.

Les femmes peuvent avoir eu ces deux genres de comportements pendant leur incarcération; c’est pourquoi le total des pourcentages est supérieur à 100 %.

RÉSULTATS

Risque de suicide à l'admission

Nous avons effectué des analyses du khi carré pour déterminer si certains indicateurs étaient présents plus fréquemment chez les femmes du groupe cible que chez les femmes du groupe témoin. Ces analyses ont révélé que trois des neuf indicateurs étaient présents plus souvent chez les femmes du groupe cible : peut être suicidaire (X2(1) = 4,37, p < 0,05); a déjà fait une tentative de suicide (X2(1) = 22,06, p < 0,0001); a fait l'objet d'une intervention psychologique ou psychiatrique récente (X2(1) = 14,11, p < 0,001; voir le Tableau 2). Ces constatations semblent indiquer qu’on peut mesurer de manière fiable, au moment de l’évaluation initiale, certaines caractéristiques qui sont importantes pour évaluer le risque de suicide à long terme. On a fait des constatations très semblables chez les délinquants de sexe masculin.

Antécédents criminels

Des analyses du khi carré pour les variables liées aux antécédents criminels ont révélé que les femmes qui avaient eu des comportements autodestructeurs durant leur peine actuelle avaient commis de plus nombreuses infractions et des infractions plus graves que les autres femmes. Les femmes qui s’étaient infligées des blessures étaient plus susceptibles que les autres d’avoir été condamnées en tant que jeunes contrevenantes (44,6 % par rapport à 17,8 %; X2(1) = 12,26, p < 0,001), d’avoir déjà été condamnées pour une infraction provinciale (71,2 % par rapport à 46,6 %; X2(1) = 9,17, p < 0,01) et une infraction fédérale (24,3 % par rapport à 4,1 %; X2(1) = 12,26, p < 0,001). Elles avaient aussi connu des problèmes relativement à leur adaptation au milieu carcéral : isolement disciplinaire (X2(1) = 14,21, p < 0,001), comportements liés à une évasion (X2(1) = 4,20, p < 0,05) et reclassement à un niveau de sécurité supérieur (X2(1) = 9,93, p < 0,01). En outre, ces femmes étaient plus susceptibles que celles de l’autre groupe d’avoir de la difficulté à ne pas commettre de crime pendant une certaine période (X2(1) = 8,18, p < 0,01) et à demeurer dans la collectivité (X2(1) = 13,13, p < 0,001).

Enfin, les femmes du groupe cible avaient plus souvent été condamnées pour une infraction avec violence dans le passé (X2(1) = 18,69, p < 0,0001) que celles du groupe témoin.

Facteurs de risque statiques et dynamiques

Le risque criminel associé à des facteurs statiques n’est pas seulement lié au risque de récidive après la mise en liberté, mais aussi à la détermination de la cote de sécurité. Des outils qui ont été expressément conçus pour déterminer le placement approprié au moment de l’admission et durant la peine des délinquants comprennent certaines questions qui sont liées aussi au risque statique (Grant et Luciani, 1998). Les facteurs de risque dynamiques désignent les besoins que l’on peut modifier afin d’influencer, entre autres, le risque de récidive. On a constaté qu’en réduisant le niveau de besoins, on obtient des résultats positifs (Motiuk et Brown, 1993).

Les femmes qui ont commis des actes autodestructeurs étaient plus souvent classées dans la catégorie de risque statique élevé et moins souvent dans la catégorie de risque statique faible que les femmes du groupe témoin (X2(2) = 28,32, p < 0,0001). Pour ce qui est du niveau global de besoins, on a constaté les mêmes résultats, tout aussi significatifs (X2(2) = 41,24, p < 0,0001); les femmes du groupe cible étaient plus souvent classées dans la catégorie de besoins élevés et moins souvent dans la catégorie de besoins faibles – ou même moyens – que les femmes de l’autre groupe. Lorsqu’on regarde les catégories de besoins, on constate que les femmes du groupe cible étaient plus susceptibles que les femmes du groupe témoin d’avoir des besoins considérables dans cinq des sept catégories de besoins : emploi (X2(1) = 4,36, p < 0,05); relations conjugales/familiales (X2(1) = 3,94, p < 0,05); toxicomanie (X2(1) = 9.99, p < 0,01); comportement dans la collectivité (X2(1) = 4,02, p < 0,05); vie personnelle et affective (X2(1) = 17,62, p < 0,0001). L’écart le plus important a été remarqué dans les catégories de la vie personnelle et affective et de la toxicomanie.

Santé mentale et fonctionnement psychologique à l’admission
Nous avons ensuite tenté de cerner les différences entre les deux groupes de femmes sur les plans de la santé mentale et du fonctionnement psychologique évalués à l’admission (voir le Graphique 2). Nous avons effectué six tests t; tous les résultats étaient significatifs (p < 0,001 ou plus). Ces analyses ont révélé que les femmes du groupe cible avaient plus de problèmes d'extériorisation (t(152) = -5,47, p<0,0001), de problèmes d'intériorisation (t(153) = -3,45, p<0,001), de problèmes de toxicomanie

Adaptation à la vie carcérale

Enfin, nous avons évalué l’adaptation à la vie carcérale en examinant les rapports d’incident et les placements en isolement entre le moment de l’admission et la date cible. Les analyses de khi carré ont révélé que les femmes du groupe cible avaient plus de difficulté à s’adapter à la vie carcérale. Ces femmes avaient plus souvent été placées en isolement durant leur peine actuelle que les femmes du groupe témoin (X2(1) = 49,30, p < 0,0001). De plus, ces femmes avaient été impliquées dans des incidents à l’établissement dans une plus grande proportion que les femmes du groupe témoin, surtout dans les incidents suivants : actes de violence (X2(1) = 49,41, p < 0,0001), toxicomanie (X2(1) = 12,70, p < 0,001), incidents liés à la discipline (X2(1) = 30.31, p < .001), participation à des troubles (X2(1) = 13,32, p < 0,001). Cependant, ces femmes avaient été victimisées plus fréquemment que les femmes de l'autre groupe (X2(1) = 15,30, p < 0,0001).


ANALYSE

Même si notre étude constituait une recherche préliminaire et essentiellement descriptive, il vaut la peine de souligner plusieurs constatations importantes. En premier lieu, les constatations sont comparables à celles qu’on avait déjà faites à propos des délinquants de sexe masculin (Wichmann et al, 2001). Il ne s’agit pas ici de laisser entendre qu’il n’y a pas de différences entre les sexes relativement à l’étiologie du comportement suicidaire, mais plutôt que l’expression de ce comportement dans un milieu correctionnel comporte des similitudes, chez les hommes et chez les femmes, dont il est impossible de ne pas tenir compte. En deuxième lieu, chez les délinquantes qui avaient un comportement suicidaire, on avait décelé beaucoup de difficultés d’adaptation au moment de l’admission. Ces difficultés n’étaient pas si évidentes dans le groupe de délinquantes apparié. Les délinquantes ayant un comportement suicidaire ont connu aussi plus de difficultés d’adaptation à la vie carcérale durant l’incarcération. Même si les lacunes sur le plan de l'adaptation sont liées à l'expression ducomportement suicidaire chez ces femmes, leur comportement violent n’était pas exclusivement dirigée vers elles-mêmes. Elles ont aussi commis des actes de violence contre les autres détenues et contre les membres du personnel.

Il faudra effectuer des études sur les autres composantes du modèle du processus afin de mieux comprendre le rôle du comportement suicidaire chez les délinquantes. Néanmoins, notre étude a permis d’apporter une contribution importante, puisque nous avons utilisé des données objectives et un groupe témoin apparié de délinquantes. Plusieurs chercheurs ont fait valoir que nous pourrions mieux comprendre la motivation des femmes en recueillant leurs témoignages. Ce genre de méthode, combinée à une évaluation systématique des variables proximales, pourrait nous aider à déterminer le rôle du sexe dans l'expression de certains comportements.

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ANNEXE A

DESCRIPTION DES VARIABLES UTILISÉES DANS LES ANALYSES

SUR LE SUICIDE

Variables initiales créées :

edu_comp la scolarité est inversement proportionnelle à la valeur variable composée de ce qui suit :

(3) empres01 (moins de la 8e année)

(2) empres02 (moins de la 10e année)

(1) empres03 (études secondaires incomplètes)

pr_adcon nombre de condamnations à l’âge adulte (nombre proportionnel à lagravité)

(0) tous 0 (aucune condamnation antérieure)

(1) acrres01 (tribunal pour adultes)

(1) acrres06 (une condamnation antérieure)

(2) acrres05 (2 à 4)

(3) acrres04 (5 à 9)

(4) acrres03 (10 à 14)

(5) acrres02 (15 ou plus)

pr_yccon nombre de condamnations à l’adolescence (nombre proportionnel à lagravité)

(0) tous 0 (aucune condamnation antérieure)

(1) ycrres01 (tribunal de la jeunesse)

(1) ycrres06 (une condamnation antérieure)

(2) ycrres05 (2 à 4)

(3) ycrres04 (5 à 9)

(4) ycrres03 (10 à 14)

(5) ycrres02 (15 ou plus)

cogprob problèmes cognitifs (nombre proportionnel à la gravité)proportion de :

empres04 (difficultés d'apprentissage)

empres05 (troubles de l'apprentissage)

empres07 (problèmes de mémoire)

empres08 (problèmes de concentration)

empres09 (problèmes de lecture)

empres10 (problèmes d'écriture)

empres11 (problèmes de calcul)

perres35 (déficiences mentales)

empprob problèmes d’emploi (nombre proportionnel à la gravité)proportion de :

empres13 (aucun domaine de compétence, métier ou profession)

empres16 (sans travail au moment de l'arrestation)

empres17 (sans travail au moins 90 % du temps)

empres18 (sans travail au moins 50 % du temps)

empres19 (antécédents professionnels instables)

empres22 (sans antécédents professionnels)

empres27 (congédié)

fam_ss manque de soutien social de la part de la famille (nombre proportionnel au

nombre de problèmes)

proportion de :

famres01 (sans lien)

famres02 (absence de la mère ou d'une personne équivalente)

famres04 (absence du père ou d'une personne équivalente)

famres08 (mauvaise relations avec les frères et sours)

famres09 (mauvaises relations avec les autres membres de la famille)

famres11 (actuellement célibataire)

famres12 (a déjà été marié ou a déjà vécu une union de fait)

perres03 (problèmes familiaux actuels)

dysf_fam problèmes actuels et passés de famille dysfonctionnelle (nombreproportionnel à la gravité) proportion de :

famres03 (mauvaises relations avec la mère)

famres05 (mauvaises relations avec le père)

famres06 (parents dysfonctionnels)

famres07 (violence conjugale des parents)

famres15 (problèmes sexuels actuels ou passés)

famres16 (problèmes de communication)

famres17 (victime de violence conjugale)

famres26 (mauvais fonctionnement familial)

intprob problèmes d’intériorisation (nombre proportionnel à la gravité) proportion de :

assres01 (isolement social)

assres10 (caractère influençable)

perres18 (problème d'affirmation de soi)

perres25 (tendance déraisonnable à s'inquiéter)

victmzd victime (nombre proportionnel à la gravité)

proportion de :

assres09 (victime)

famres17 (victime de violence conjugale)

victmzr agresseur (nombre proportionnel à la gravité) proportion de :

famres18 (auteur d'actes de violence conjugale)

famres27 (auteur d'infractions - violence à l'endroit d'enfants)

famres28 (infraction - inceste)

incest (auteur d'inceste)

comprob problèmes de fonctionnement hors du milieu carcéral proportion de :

comres15 (absence de passe-temps)

comres16 (absence d'activités organisées)

comres17 (ignorance des services sociaux)

comres18 (a eu recours à l'assistance sociale)

assres07 (participation à des groupes prosociaux)

no_sawr problèmes de perspicacité, de compassion et de conscience de soi proportion de :

perres01 (désir immodéré de s'élever)

perres12 (manque d'égard pour autrui)

perres13 (manque de conscience sociale)

perres15 (problème de compassion)

perres16 (rigidité)

perres28 (manque de réflexion)

perres29 (manque de conscience)

prob_sol difficultés à résoudre des problèmes sociaux proportion de :

assres11 (problèmes de communication)

perres11 (établissement de buts irréalistes)

perres19 (problème de maîtrise du stress)

perres20 (problème de résolution de conflits)

impulsv impulsivité, recherche de sensations fortes, prise de risques et manipulation

proportion de :

perres14 (impulsivité)

perres26 (prise de risques excessifs)

perres27 (recherche de sensations fortes)

perres30 (manipulation)

angry colère, hostilité et agressivité et manque de tolérance à la frustration proportion de :

perres17 (agressivité)

perres23 (manque de tolérance à la frustration)

perres24 (problème d'hostilité)

psychia antécédents psychiatriques proportion de :

perres36 (diagnostic passé)

perres37 (diagnostic actuel)

perres39 (médicaments prescrits par le passé)

perres40 (médicaments actuellement prescrits)

perres41 (hospitalisation par le passé)

perres42 (hospitalisation actuelle)

perres43 (soins en clinique externe par le passé)

perres44 (soins en clinique externe actuels)

perres45 (participation à un programme par le passé)

perres46 (participation actuelle à un programme)

alchl problème d’alcool proportion de :

subres02 (consommation fréquente d'alcool)

subres01 (consommation précoce d'alcool)

subres03 (cuites)

subres05 (abus de l'alcool)

drug_ab problème de drogues proportion de :

subres18 (abus de drogues)

subres15 (consommation fréquente de drogues)

subres14 (consommation précoce de drogues)

discprb problèmes en milieu carcéral proportion de :

ycrres11 (problèmes disciplinaires hors du milieu carcéral)

ycrres12 (transfèrement d'origine disciplinaire en milieu ouvert)

ycrres13 (réprimande d'origine disciplinaire en milieu fermé)

ycrres14 (tentative d'évasion d'un milieu fermé)

ycrres15 (transfèrement d’un milieu fermé à un établissement pour adultes)

acrres11 (échec des sanctions communautaires)

acrres12 (isolement pour manquements à la discipline)

acrres13 (tentatives d’évasion/fait d’être illégalement en liberté/évasion)

acrres14 (reclassement à un niveau de sécurité supérieur)

acrres15 (échec de la mise en liberté sous condition)

acrres16 (< 6 mois depuis la dernière incarcération)

suic_to tous les indicateurs de suicide proportion de :

suires01 (possibilité que le détenu soit suicidaire)

suires02 (tentative de suicide antérieure)

suires03 (intervention psychologique/psychiatrique)

suires04 (décès d'un parent)

suires05 (problème grave, c.-à-d. juridique)

suires06 (influence de l'alcool ou des drogues)

suires07 (signes de dépression)

suires08 (expression de l'intention de se suicider)

suires09 (plan pour se suicider)

Facteurs créés à partir des analyses factorielles

Extériorisation et problèmes cognitivo-sociaux
Éléments :
Manque de conscience de soi et problèmes de compassion
Difficulté à résoudre les problèmes sociaux
Impulsivité
Colère

Toxicomanie
Éléments :
Problème d'alcool
Problème de drogues

Intériorisation, victimisation et problèmes psychiatriques
Éléments :
Isolement social et intériorisation
Victimisation
Problèmes psychiatriques

Relations familiales dysfonctionnelles
Éléments :
Agression
Manque de soutien social
Relations familiales dysfonctionnelles

Manque d'instruction et problèmes de fonctionnement cognitif
Éléments :
Problèmes cognitifs
Scolarité

Remarque : Tous les facteurs ont été divisés par le nombre de variables les composant.

Risque criminel élevé
Éléments :
Problèmes de fonctionnement hors du milieu carcéral
Problèmes d'emploi
Problèmes de discipline
Condamnations antérieures à l'âge adulte
Condamnations antérieures à l’adolescenc